CroisementsLiège · 24 communes · 2026-09-28

Quand les chiffresse répondent

Le sol, la voiture, le logement, l’argent et la santé ne se rangent pas chacun dans sa case. Quatre croisements dans l’arrondissement de Liège, là où une catégorie éclaire une autre, parfois à rebours des idées reçues.

9communes cumulent
3 fragilités ou plus, sur 5
11communes n’en
portent aucune
ISol ×
santé

Vit-on plus longtemps
dans les communes vertes ?

On prête volontiers à la campagne verte des vertus pour la santé. Mettons l’idée à l’épreuve dans l’arrondissement de Liège, en trois temps.

On entend souvent

Plus c’est vert, plus on vit vieux.

1À première vue

Classons les 24 communes de la moins verte à la plus verte, en 3 groupes. Dans le tiers le moins vert, on vit en moyenne 78,9 ans ; dans le tiers le plus vert, 80,6 ans. À première vue, l’intuition tient : on vit 20 mois de plus dans les communes les plus vertes. Cet écart est à la limite de la marge d’incertitude : à lire avec prudence.

Espérance de vie selon la part de vert
communes classées de la moins verte à la plus verte · un point = la moyenne d’un groupe

2Mais quel vert ?

Reste à savoir de quel vert on parle. Pour chaque type de couverture, comparons le groupe de communes qui en a le plus à celui qui en a le moins. Forêts et arbres : +1 mois. Prairies et pelouses : +9 mois. Cultures : +9 mois. Comme nous comparons plusieurs écarts à la fois, un ou deux pourraient sortir de la marge d’incertitude par simple hasard : nous l’élargissons donc. Aucun de ces écarts n’en sort.

Écart d’espérance de vie entre les communes qui en ont le plus et le moins
en mois · à droite : on vit plus longtemps là où il y en a le plus · à gauche : moins longtemps · trait fin : marge d’incertitude élargie (huit écarts comparés)

3Et à revenu égal ?

L’arrondissement de Liège compte trop peu de communes (24) pour comparer à revenu semblable : il en faudrait au moins 40. Ouvrez l’histoire à l’échelle de la province ou de la Wallonie.

Ce que pèse le vert, à côté du revenu
écart d’espérance de vie en mois, moitié haute contre moitié basse · vert : à revenu semblable · revenu : à vert semblable · trait fin : marge d’incertitude (élargie pour les types de vert)

À retenir

  • À première vue, on vit un peu plus longtemps dans les communes les plus vertes, à la limite de la marge d’incertitude.
  • Trop peu de communes pour comparer à revenu semblable : à cette échelle, on ne peut pas conclure.
  • Ces chiffres communaux ne mesurent pas l’effet du vert sur la santé : l’âge, le métier, le tabac, l’accès aux soins ou les maisons de repos jouent aussi, et restent hors champ.

Pour creuser : commune par commune

Part boisée du territoire communal et espérance de vie
un point = une commune · couleur = revenu des habitants (tiers wallons)
Sources
WalStat d’après WALOUS (couverture du sol 2023) ; WalStat d’après Statbel (espérance de vie) ; Statbel (revenu disponible).
Période
couverture 2023 ; espérance de vie 2015-2024 ; revenus 2023.
Calcul
Communes classées par part de végétation, en 3 groupes de taille égale. Types de vert (WALOUS) : forêts et arbres (feuillus et résineux, toutes hauteurs) ; prairies et pelouses (herbe toute l’année, jardins compris) ; cultures (herbe et cultures en rotation). Écart brut : groupe qui en a le plus contre groupe qui en a le moins. Comparaison à revenu semblable à partir de 40 communes. Marge d’incertitude : 5 000 tirages au sort des communes ; 95 % pour la lecture d’ensemble et pour le revenu, élargie à 99,4 % pour les huit écarts par type de vert (quatre types, avant et après le revenu). « À la limite » : une borne de la marge à moins d’un mois de zéro. Moyennes de communes, sans pondération par la population. Comparer à revenu semblable ne neutralise pas les autres différences entre communes.
Voir les chiffres
IIMobilité ×
emploi

Sans voiture,
sans emploi ?

On entend souvent

La voiture n’a rien à voir avec l’emploi.

1À première vue

Le chômage est plus fréquent dans le tissu le plus dense étudié que dans le moins dense : de 6,8 % à 20,7 %, sans progression régulière entre les deux. Vu comme ça, c’est une affaire de ville, et la voiture n’y serait pour rien.

Chômage selon la densité du quartier
tous quartiers confondus, recensement 2021

2Mais à densité égale

Deux quartiers aussi denses l’un que l’autre, l’un motorisé, l’autre pas. Prenons les quartiers de l’arrondissement de Liège classés dans le tissu le plus dense (classes wallonnes). Le chômage y atteint 29,4 % dans les quartiers les moins équipés (5 voitures pour 10 ménages), contre 12,2 % dans les plus équipés (11 pour 10) : 2,4 fois plus. On retrouve un écart dans ce sens aux 5 niveaux de densité étudiés. Reste le revenu : dans ce tissu, 190 quartiers sur 249 font partie du tiers wallon aux revenus les plus bas. À revenu semblable, l’écart devient 2,0 fois chez les quartiers modestes et 1,3 fois chez les quartiers moyens. L’écart se réduit nettement : une bonne part suit le revenu. La taille des ménages peut jouer aussi : les personnes seules, les étudiants et les aînés possèdent moins souvent une voiture.

Chômage des quartiers peu et très motorisés, à densité égale
une ligne = une classe de densité (cinquièmes wallons) · rond creux = le cinquième des quartiers le moins motorisé · rond plein = le plus motorisé
Sources
Statbel : voitures par ménage par secteur (2022), Census 2021 (emploi par secteur), population par secteur (2022).
Période
parc automobile 2022, recensement 2021.
Calcul
Quartiers (secteurs statistiques) d’au moins 100 ménages et 100 actifs : beaucoup de petits quartiers de village sont écartés. Dans chaque classe de densité, chômage pondéré par les actifs du cinquième des quartiers le moins motorisé et du cinquième le plus motorisé. À revenu semblable : même comparaison dans chaque tiers wallon du revenu médian des quartiers. Classe ignorée sous 25 quartiers. Voitures par ménage : un ménage d’une personne en possède moins souvent qu’une famille.
Voir les chiffres

À retenir

  • À densité égale, les quartiers peu motorisés comptent plus de chômeurs, à chaque niveau de densité étudié.
  • À revenu semblable, l’écart se réduit nettement : une bonne part suit le revenu.
  • Voiture, emploi et revenu vont ensemble : ce croisement ne dit pas lequel entraîne l’autre.
  • Quartiers d’au moins 100 ménages et 100 actifs : beaucoup de petits quartiers de village sont écartés. Parc automobile 2022, emploi du recensement 2021.

Qui cause quoi ?

Ce croisement ne dit pas si l’on est au chômage faute de voiture, ou sans voiture faute d’emploi. Les deux vont ensemble, et tous deux suivent aussi le revenu du quartier et la taille des ménages. Il montre seulement où ils se superposent : là, mobilité et emploi concernent les mêmes rues.

IIILogement ×
démographie

S’installe-t-on là
où c’est le plus cher ?

On entend souvent

Les gens s’installent là où c’est moins cher.

1À première vue

Si l’on s’installait surtout là où c’est moins cher, les communes bon marché auraient grandi le plus. Classons les 22 communes qui ont assez de ventes publiées, de la maison la moins chère à la plus chère (en années de revenu). Depuis 2000, la population a évolué de +7,4 % dans la moitié la moins chère et de +10,3 % dans la moitié la plus chère. À première vue, l’idée reçue ne tient pas : ce sont les communes chères qui ont le plus grandi. Mais cet écart reste dans la marge d’incertitude du calcul.

Croissance de la population, selon le prix des maisons
communes classées en 2 groupes, des moins chères aux plus chères (en années de revenu), moyenne des communes

2Et à revenu semblable ?

L’arrondissement de Liège compte trop peu de communes avec des prix publiés (22) pour comparer à revenu semblable : il en faudrait au moins 40. Les groupes ci-dessus mêlent donc des communes aisées et modestes, et ne permettent pas de conclure.

Prix d’une maison en années de revenu et croissance de la population
un point = une commune avec assez de ventes publiées · couleur = revenu des habitants (tiers wallons)
Sources
Statbel : prix de l’immobilier par commune, revenus fiscaux, population par commune.
Période
prix 2021–2025 ; revenus 2023 ; population 2000–2024.
Calcul
Années de revenu = prix médian d’une maison ÷ revenu médian par déclaration. Prix : médianes trimestrielles 2021–2025, chacune ramenée au niveau moyen de la période par un indice trimestriel des prix wallons (voir la page Logement). Croissance = évolution de la population entre le 1ᵉʳ janvier 2000 et le 1ᵉʳ janvier 2024, moyenne des communes. Groupes : quarts des communes classées par prix (moitiés sous 32 communes). À revenu semblable : dans chaque tiers de revenu des communes du territoire (moitiés sous 60 communes), moitié la plus chère contre moitié la moins chère ; le verdict retenu est le plus prudent parmi des découpages du revenu jusqu’à six classes (au moins 10 communes par moitié). Marge d’incertitude à 95 % par 5 000 tirages au sort des communes ; « à la limite » : une borne à moins d’un quart de point de zéro. 2 communes sans assez de ventes publiées sont écartées. La croissance (2000–2024) précède les prix (2021–2025) : l’ordre dans le temps ne permet pas de dire que le prix attire ou repousse.
Voir les chiffres

À retenir

  • À première vue, les communes où la maison coûte le plus d’années de revenu ont le plus grandi, mais l’écart reste dans la marge d’incertitude.
  • Trop peu de communes pour comparer à revenu semblable : à cette échelle, on ne peut pas conclure.
  • Les données ne disent pas si l’on vient malgré le prix, ou si le prix monte parce qu’on vient ; la croissance mesurée précède d’ailleurs les prix.
  • 2 communes sans assez de ventes publiées sont écartées.
IVSynthèse

Combien de fragilités
s’additionnent ?

On entend souvent

Chaque commune a son problème ; ils ne se cumulent pas.

1Le test

Si chaque commune avait « son » problème, les signaux tomberaient au hasard. On attendrait alors environ 3 communes sans signal et environ 5 communes avec trois signaux ou plus. Comparez avec ce qu’on observe.

Communes selon le nombre de signaux de fragilité, observé et attendu au hasard
barre pleine : observé · barre en pointillé : attendu si les signaux tombaient au hasard

2La carte

Chaque catégorie a ses communes en difficulté. Se recoupent-elles ? Nous avons retenu cinq signaux : pauvreté, chômage, compteurs à prépaiement, espérance de vie courte et généralistes rares. Une commune porte un signal quand elle fait partie du quart le plus exposé de Wallonie. L’arrondissement de Liège compte 9 communes sur 24 qui en cumulent trois ou plus. 11 communes n’en portent aucun. En tête, avec les cinq signaux : Herstal. Si ces signaux tombaient au hasard, indépendamment les uns des autres, on attendrait environ 5 communes avec trois signaux ou plus, et environ 3 communes sans signal. On en compte 9 et 11. Le test confirme une concentration : les fragilités tombent sur les mêmes communes plus que le hasard ne le donnerait. C’est en partie attendu : pauvreté, chômage et compteurs à prépaiement vont souvent de pair.

La carte des fragilités
teinte = nombre de signaux de fragilité portés par la commune, sur 5
Sources
Toutes les sources des catégories Social et Santé.
Période
voir chaque catégorie.
Calcul
Une commune porte un signal quand elle fait partie du quart le plus exposé des 261 communes wallonnes (seuils identiques pour tous les territoires). Signaux : pauvreté, chômage, compteurs à prépaiement, espérance de vie courte et généralistes rares. Les années de vie perdues avant 70 ans ne sont pas comptées à part : elles sont fortement liées à l’espérance de vie. Le prix du logement n’est pas retenu : élevé surtout dans les communes aisées, il va à l’inverse des autres signaux et manque pour un tiers des communes. Aucune donnée manquante. Hasard : chaque signal garde sa fréquence dans le territoire, mais tombe indépendamment des autres ; le verdict compare la dispersion observée à 2 000 tirages où chaque signal est mélangé entre les communes.
Voir les chiffres

À retenir

  • Il y a plus de communes sans aucun signal, et plus de communes qui en cumulent trois ou plus, que le hasard ne le voudrait.
  • Là où il y en a une, il y en a souvent d’autres.
  • Les signaux se recoupent en partie par construction : pauvreté, chômage et compteurs à prépaiement vont souvent de pair.
  • Le croisement ne dit pas pourquoi ; revenu, histoire industrielle et âge sont des pistes.

La méthode

Chaque chiffre de cette page est recalculé pour l’arrondissement de Liège par un pipeline qui télécharge les fichiers officiels, enregistre leur empreinte et refait les additions. Rien n’est repris d’un communiqué ou d’un article.

Un lien n’est pas une cause

Chaque croisement montre deux réalités qui se superposent. Aucun ne prouve que l’une produit l’autre : un troisième facteur (revenu, âge, ruralité, histoire industrielle, accès aux soins) peut tenir les deux à la fois. Quand c’est possible, nous comparons à revenu semblable ; les autres facteurs restent non mesurés ici. Établir une cause demanderait des données individuelles que la statistique publique communale ne fournit pas.

Des seuils wallons

Les signaux de fragilité, les tiers de revenu qui colorent les points et ceux des quartiers (voiture et emploi) sont calculés sur l’ensemble de la Wallonie, puis appliqués au territoire affiché : une commune porte les mêmes signaux quel que soit le territoire par lequel on la regarde. Les comparaisons à revenu semblable du vert et du prix utilisent, elles, les tiers ou moitiés de revenu des communes du territoire affiché.

Liens et marges d’incertitude

Sur cette page, un lien entre deux chiffres est mesuré sur les rangs des communes (corrélation de Spearman) : on les classe selon chaque chiffre et on regarde si les deux classements se ressemblent. Pour savoir si un écart entre deux groupes tient au hasard, on retire au sort les communes 5 000 fois : la marge d’incertitude couvre 95 % des écarts obtenus. Un écart dont la marge contient zéro ne permet pas de conclure ; si une borne frôle zéro, l’écart est dit « à la limite ». Quand on compare plusieurs écarts à la fois, certains sortiraient de la marge par simple hasard : la marge est alors élargie. Sous 8 communes par groupe (10 par moitié à revenu semblable, 25 quartiers par classe), on ne compare pas.

Des années différentes

Les sources ne datent pas toutes de la même année (2021 à 2025). Les croisements comparent des situations structurelles, qui bougent lentement, pas des événements d’une année.

Comment lire « un lien fort »

Quand deux chiffres montent et descendent ensemble d’une commune (ou d’un quartier) à l’autre, on parle de lien. Il peut aller dans un sens (l’un monte, l’autre aussi) ou en sens inverse (l’un monte, l’autre baisse). « Très fort » : l’un permet presque de deviner l’autre. « Faible » ou « presque aucun » : ils varient chacun de leur côté. Un lien ne dit jamais lequel cause l’autre. Seuils utilisés, sur un coefficient de corrélation compris entre −1 et +1 (de Pearson, ou de rang de Spearman quand des valeurs extrêmes pourraient tout tirer ; la note de chaque graphique le précise), en valeur absolue : très fort au-delà de 0,8, fort au-delà de 0,6, net au-delà de 0,4, faible au-delà de 0,2.

Données générées le 2026-09-28 · géographie communale 2025 (261 communes depuis la fusion de Bastogne et Bertogne ; certaines séries 2000-2024 comptent encore les 262 communes d’avant) · Les jeux Statbel sont réutilisables librement, y compris à des fins commerciales, moyennant mention de la source. Les jeux WalStat sont diffusés via le portail open data de la Wallonie.