Combien de détenus, combien de places, ce que coûte une journée derrière les murs, et ce que font les autres pays.
Les prisons sont fédérales : les chiffres sont ceux de la Belgique, les mêmes quel que soit le territoire choisi. Seules les prisons wallonnes sont détaillées une à une.
Le nombre de détenus, puis la place qu’on leur donne.
On entend souvent
La Belgique enferme plus que ses voisins.
1À première vue
En 2008, la Belgique comptait en moyenne 9 891 détenus chaque jour. En 2025, ils sont 12 992, soit +31 %. À première vue, le pays enferme de plus en plus.
2Mais face à l’Europe
Mais rapporté à la population, la Belgique enferme 106 personnes pour 100 000 habitants, un peu moins que la médiane européenne (110,1). La France (119) enferme plus ; les Pays-Bas (55) et la Norvège (54) deux fois moins.
3Le vrai problème : la place
Le problème belge, c’est la place. En 2024, il y a 114 détenus pour 100 places (médiane européenne : 94,5 selon le Conseil de l’Europe). Chaque année publiée depuis 2008, les prisons belges ont compté plus de détenus que de places. La même année, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Norvège restent sous la barre des 100.
4Et en Wallonie
En 2025, 13 prisons sur 16 accueillent plus de détenus que de places. Dinant est à 178 %, Lantin à 143 %, Mons à 141 %. Le 15 décembre 2025, 672 détenus dormaient sur un matelas posé au sol en Belgique, dont 254 dans les prisons wallonnes. Dans la province de Liège : Lantin (143 %), Huy (139 %), Paifve (106 %), Marneffe (95 %).
À retenir
Sources de cette section : SPF Justice, DG Établissements pénitentiaires, chiffres annuels 2024 (série 2013-2024) ; Cour des comptes, « Mesures de lutte contre la surpopulation carcérale » (2011), tableau 1 (2008-2010) ; « Justice en chiffres 2011-2016 » (2011-2012) ; Conseil central de surveillance pénitentiaire, rapport annuel 2025 (2025, occupation par prison, détenus au sol) ; Conseil de l’Europe, SPACE I 2025 ; Eurostat, crim_pris_cap. Les taux par prison du CCSP rapportent la population de 2025 à la capacité au 1er janvier.
Les faits enregistrés et les détenus, côte à côte.
On entend souvent
Si les prisons débordent, c’est que la criminalité explose.
1À première vue
En 2000, la police a enregistré 355 417 faits en Wallonie. En 2025, 296 741, soit −17 %, environ 80 pour 1 000 habitants. Les vols ont fondu (176 588 en 2000, 74 180 en 2025) ; les atteintes à l’intégrité physique ont augmenté (25 594, puis 34 032), et la criminalité informatique a presque triplé depuis 2015.
2Mais qui remplit les prisons ?
De 2013 à 2024, les condamnés passent de 6 745 à 7 222, surtout depuis 2021. Les internés (personnes atteintes d’un trouble mental jugées irresponsables) remontent à 998 après un creux à 531. Les prévenus, en attente de jugement, restent autour de 3 900.
3Et hors des murs
La surveillance électronique (bracelet) concerne 2 780 personnes en moyenne en 2024, contre 1 338 en 2013. Ces chiffres ne disent pas pourquoi la prison se remplit : la criminalité enregistrée n’augmente pas, mais la durée des peines, les règles de libération et le nombre d’internés jouent aussi, et aucune donnée publique ne permet de faire la part des choses.
À retenir
Sources de cette section : Police fédérale, statistiques policières de criminalité, Région wallonne, 4e trimestre 2025 (les années 2001 à 2014 ne sont plus publiées) ; SPF Justice, DG EPI, chiffres annuels 2024. Les faits enregistrés comptent les procès-verbaux, pas la criminalité réelle. Le taux pour 1 000 habitants utilise la population de Statbel au 1er janvier 2025.
Le coût publié, ce qu’il paie, et ce qu’il oublie.
On entend souvent
On sait exactement ce que coûte un détenu.
1À première vue
En 2024, une journée de prison coûte 171,68 € par détenu, contre 143,05 € en 2020 (+20 %). Une fois l’inflation retirée, le coût est resté stable : il a suivi les prix. Sur un an, un détenu coûte environ 62 700 €.
2Où va l’argent
Sur 767 millions d’euros en 2024, 79 % paient le personnel. La nourriture et l’entretien des détenus pèsent 26,9 millions, environ 6,03 € par détenu et par jour.
3Mais il manque les murs
Mais ce prix ne compte pas tous les murs. Les prisons construites en partenariat public-privé sont louées à leur constructeur pendant 25 ans, et l’essentiel de ce loyer est payé par la Régie des bâtiments, hors du coût publié. Marche-en-Famenne coûte 12,3 millions par an, Leuze-en-Hainaut 12,1 millions : environ 108 € par place et par jour en plus. Pour les neuf prisons prévues, la Cour des comptes compte au moins 153,1 millions par an, 3,8 milliards d’euros sur 25 ans.
4Et ailleurs
Les administrations déclarent au Conseil de l’Europe des coûts très différents : 504 € par jour en Norvège, 401 € aux Pays-Bas, 172 € en Belgique, 129 € en France. Chaque pays y met ce qu’il veut (soins, bâtiments, personnel extérieur) et les prix de la vie diffèrent : on compare des ordres de grandeur, pas un classement.
À retenir
Sources de cette section : SPF Justice, DG EPI, chiffres annuels 2020 à 2024, chapitre Budget ; Cour des comptes, « Nouvelles prisons en partenariat public-privé » (2023), tableau 1 ; Conseil de l’Europe, SPACE I 2025, tableau 33 ; Statbel, indice des prix à la consommation. Le loyer par place et par jour est calculé par PAUSE : redevance annuelle divisée par le nombre de places et par 365.
Ce que coûtent les prisons louées, contrat par contrat.
On entend souvent
Louer des places à l’étranger coûte moins cher que d’enfermer chez soi.
1La Belgique l’a fait
De 2010 à 2016, elle a loué la prison de Tilburg, aux Pays-Bas : un forfait de 30 millions d’euros par an pour 500 places, dû même si elles restaient vides, soit environ 164 € par place et par jour. Jusqu’à 650 détenus belges y ont été placés. Les montants payés vont de 42 millions (2013) à 31 millions (2016).
2D’autres pays suivent
La Norvège, qui comptait alors 105 détenus pour 100 places, a loué 242 cellules aux Pays-Bas de 2015 à 2018. Le Danemark a signé pour 300 places au Kosovo (15 millions par an), ouverture prévue en 2027. La Suède loue la prison de Tartu, en Estonie : au moins 30,6 millions par an pour 300 places ; les premiers détenus sont arrivés le 6 octobre 2026. Le loyer n’est jamais tout le coût : transports, agents de liaison et procédures restent à la charge du pays locataire.
3Et l’Albanie ?
Les centres italiens de Shëngjin et Gjadër accueillent des migrants, en procédure d’asile ou en attente d’expulsion, pas des condamnés : ce n’est pas une location de prison. En Belgique, l’accord de gouvernement envisage de louer des places à l’étranger, mais rien n’est signé en octobre 2026 : l’Estonie a refusé en février, et l’accord signé avec le Kosovo en avril porte sur l’entraide judiciaire.
À retenir
Sources de cette section : traité Belgique-Pays-Bas du 31 octobre 2009 (Tractatenblad 2009, 202), article 26, et rapports annuels DG EPI 2013 à 2016 ; traité Norvège-Pays-Bas du 2 mars 2015 (Tractatenblad 2015, 37) ; loi danoise n° 893 du 21 juin 2022, traité avec le Kosovo, article 32 ; ministère estonien de la Justice et Riksdag (2025/26:JuU35) ; loi italienne n° 14 du 21 février 2024 ; Chambre, commission Justice, 23 avril 2025 ; SPF Justice, communiqué du 22 avril 2026. L’arrivée des premiers détenus à Tartu est rapportée par la radiotélévision publique estonienne (ERR).
Ce que les comparaisons disent, et ce qu’elles ne peuvent pas dire.
On entend souvent
Les prisons nordiques ont prouvé qu’elles réduisent la récidive.
1Le personnel
En Belgique, il y a 1,4 détenu par agent, comme la médiane européenne. La France en compte 2,2 ; la Norvège et les Pays-Bas 0,8, soit plus d’un agent par détenu.
2La récidive
On aimerait comparer les pays, mais chaque pays la mesure à sa façon : nouvelle arrestation, condamnation ou retour en prison, après un, deux ou cinq ans. Sur une même population norvégienne, une étude obtient de 9 % à 53 % selon la définition. Seuls les pays nordiques publient un chiffre commun : la part des sortants de prison à nouveau condamnés dans les deux ans. En 2020, 16 % en Norvège, 33 % en Suède. Rien de comparable n’existe pour la Belgique.
3Hors d’Europe
Aux États-Unis, fin 2023, les prisons d’État et fédérales comptaient 360 condamnés pour 100 000 habitants, sans compter les prisons locales (198 pour 100 000 à la mi-2023). La Belgique en est à 106, prévenus compris.
À retenir
Sources de cette section : Conseil de l’Europe, SPACE I 2025, tableau 21 ; Nordic Statistics 2018-2022, tableau 2.11 ; Andersen et Skardhamar, « Pick a number », Statistics Norway (2017) ; Bureau of Justice Statistics, « Prisoners in 2023 » et « Jail Inmates in 2023 ».
Chaque chiffre de cette page est recalculé pour la province de Liège par un pipeline qui télécharge les fichiers officiels, enregistre leur empreinte et refait les additions. Rien n’est repris d’un communiqué ou d’un article.
La criminalité enregistrée et le nombre de détenus bougent chacun de leur côté. Aucune donnée publique ne permet de dire que l’un explique l’autre : la durée des peines, les libérations et les internements comptent aussi.
Les chiffres belges (DG EPI, CCSP, Cour des comptes, police) et européens (SPACE I) ne sont publiés qu’en PDF. Les valeurs ont été relevées à la main, page ou tableau cités. Seules les séries d’Eurostat sont lues automatiquement.
La DG EPI publie une capacité moyenne sur l’année, le CCSP une capacité au 1er janvier, Eurostat et le Conseil de l’Europe une capacité officielle à une date donnée. Les taux ne se mélangent pas d’une source à l’autre.
Le coût par détenu de la DG EPI ne compte pas l’essentiel des loyers des prisons construites en partenariat public-privé, payés par la Régie des bâtiments. Le chiffre réel est donc plus élevé.
Chaque pays déclare ses coûts et mesure la récidive à sa façon. On compare des ordres de grandeur, jamais un palmarès.
Quand deux chiffres montent et descendent ensemble d’une commune (ou d’un quartier) à l’autre, on parle de lien. Il peut aller dans un sens (l’un monte, l’autre aussi) ou en sens inverse (l’un monte, l’autre baisse). « Très fort » : l’un permet presque de deviner l’autre. « Faible » ou « presque aucun » : ils varient chacun de leur côté. Un lien ne dit jamais lequel cause l’autre. Seuils utilisés, sur un coefficient de corrélation compris entre −1 et +1 (de Pearson, ou de rang de Spearman quand des valeurs extrêmes pourraient tout tirer ; la note de chaque graphique le précise), en valeur absolue : très fort au-delà de 0,8, fort au-delà de 0,6, net au-delà de 0,4, faible au-delà de 0,2.
Données générées le 2026-10-07 · géographie communale 2025 (261 communes depuis la fusion de Bastogne et Bertogne ; certaines séries 2000-2024 comptent encore les 262 communes d’avant) · Les jeux Statbel sont réutilisables librement, y compris à des fins commerciales, moyennant mention de la source. Les jeux WalStat sont diffusés via le portail open data de la Wallonie.