Le sol, la voiture, le logement, l’argent et la santé ne se rangent pas chacun dans sa case. Quatre croisements dans la province de Namur, là où une catégorie éclaire une autre, parfois à rebours des idées reçues.
On prête volontiers à la campagne verte des vertus pour la santé. Mettons l’idée à l’épreuve dans la province de Namur, en trois temps.
On entend souvent
Plus c’est vert, plus on vit vieux.
1À première vue
Classons les 38 communes de la moins verte à la plus verte, en 3 groupes. Dans le tiers le moins vert, on vit en moyenne 79,4 ans ; dans le tiers le plus vert, 79,3 ans. À première vue, le vert ne fait presque pas de différence.
2Mais quel vert ?
Reste à savoir de quel vert on parle. Pour chaque type de couverture, comparons le groupe de communes qui en a le plus à celui qui en a le moins. Forêts et arbres : −21 mois. Prairies et pelouses : −4 mois. Cultures : +22 mois. Comme nous comparons plusieurs écarts à la fois, un ou deux pourraient sortir de la marge d’incertitude par simple hasard : nous l’élargissons donc. Seuls les écarts liés aux forêts et arbres et aux cultures en sortent.
3Et à revenu égal ?
La province de Namur compte trop peu de communes (38) pour comparer à revenu semblable : il en faudrait au moins 40. Ouvrez l’histoire à l’échelle de la Wallonie.
À retenir
Pour creuser : commune par commune
On entend souvent
La voiture n’a rien à voir avec l’emploi.
1À première vue
Plus le tissu est dense, plus le chômage est fréquent : de 7,9 % à 21,3 %. Vu comme ça, c’est une affaire de ville, et la voiture n’y serait pour rien.
2Mais à densité égale
Deux quartiers aussi denses l’un que l’autre, l’un motorisé, l’autre pas. Prenons les quartiers de la province de Namur classés dans le tissu le plus dense (classes wallonnes). Le chômage y atteint 28,4 % dans les quartiers les moins équipés (4 voitures pour 10 ménages), contre 15,3 % dans les plus équipés (10 pour 10) : 1,9 fois plus. On retrouve un écart dans ce sens aux 5 niveaux de densité étudiés. Reste le revenu : dans ce tissu, 59 quartiers sur 67 font partie du tiers wallon aux revenus les plus bas. À revenu semblable, une seule comparaison est possible ici : chez les quartiers modestes (59 quartiers), l’écart vaut 1,7 fois, contre 1,9 fois tous revenus confondus. Une indication, pas une preuve. La taille des ménages peut jouer aussi : les personnes seules, les étudiants et les aînés possèdent moins souvent une voiture.
À retenir
Ce croisement ne dit pas si l’on est au chômage faute de voiture, ou sans voiture faute d’emploi. Les deux vont ensemble, et tous deux suivent aussi le revenu du quartier et la taille des ménages. Il montre seulement où ils se superposent : là, mobilité et emploi concernent les mêmes rues.
On entend souvent
Les gens s’installent là où c’est moins cher.
1À première vue
Si l’on s’installait surtout là où c’est moins cher, les communes bon marché auraient grandi le plus. Classons les 29 communes qui ont assez de ventes publiées, de la maison la moins chère à la plus chère (en années de revenu). Depuis 2000, la population a évolué de +10,9 % dans la moitié la moins chère et de +18,5 % dans la moitié la plus chère. À première vue, l’idée reçue ne tient pas : ce sont les communes chères qui ont le plus grandi. Mais cet écart reste dans la marge d’incertitude du calcul.
2Et à revenu semblable ?
La province de Namur compte trop peu de communes avec des prix publiés (29) pour comparer à revenu semblable : il en faudrait au moins 40. Les groupes ci-dessus mêlent donc des communes aisées et modestes, et ne permettent pas de conclure.
À retenir
On entend souvent
Chaque commune a son problème ; ils ne se cumulent pas.
1Le test
Si chaque commune avait « son » problème, les signaux tomberaient au hasard. On attendrait alors environ 9 communes sans signal et environ 4 communes avec trois signaux ou plus. Comparez avec ce qu’on observe.
2La carte
Chaque catégorie a ses communes en difficulté. Se recoupent-elles ? Nous avons retenu cinq signaux : pauvreté, chômage, compteurs à prépaiement, espérance de vie courte et généralistes rares. Une commune porte un signal quand elle fait partie du quart le plus exposé de Wallonie. La province de Namur compte 8 communes sur 38 qui en cumulent trois ou plus. 18 communes n’en portent aucun. En tête, avec 4 signaux : Dinant, Doische, Hastière et Sambreville. Si ces signaux tombaient au hasard, indépendamment les uns des autres, on attendrait environ 4 communes avec trois signaux ou plus, et environ 9 communes sans signal. On en compte 8 et 18. Le test confirme une concentration : les fragilités tombent sur les mêmes communes plus que le hasard ne le donnerait. C’est en partie attendu : pauvreté, chômage et compteurs à prépaiement vont souvent de pair.
À retenir
Chaque chiffre de cette page est recalculé pour la province de Namur par un pipeline qui télécharge les fichiers officiels, enregistre leur empreinte et refait les additions. Rien n’est repris d’un communiqué ou d’un article.
Chaque croisement montre deux réalités qui se superposent. Aucun ne prouve que l’une produit l’autre : un troisième facteur (revenu, âge, ruralité, histoire industrielle, accès aux soins) peut tenir les deux à la fois. Quand c’est possible, nous comparons à revenu semblable ; les autres facteurs restent non mesurés ici. Établir une cause demanderait des données individuelles que la statistique publique communale ne fournit pas.
Les signaux de fragilité, les tiers de revenu qui colorent les points et ceux des quartiers (voiture et emploi) sont calculés sur l’ensemble de la Wallonie, puis appliqués au territoire affiché : une commune porte les mêmes signaux quel que soit le territoire par lequel on la regarde. Les comparaisons à revenu semblable du vert et du prix utilisent, elles, les tiers ou moitiés de revenu des communes du territoire affiché.
Sur cette page, un lien entre deux chiffres est mesuré sur les rangs des communes (corrélation de Spearman) : on les classe selon chaque chiffre et on regarde si les deux classements se ressemblent. Pour savoir si un écart entre deux groupes tient au hasard, on retire au sort les communes 5 000 fois : la marge d’incertitude couvre 95 % des écarts obtenus. Un écart dont la marge contient zéro ne permet pas de conclure ; si une borne frôle zéro, l’écart est dit « à la limite ». Quand on compare plusieurs écarts à la fois, certains sortiraient de la marge par simple hasard : la marge est alors élargie. Sous 8 communes par groupe (10 par moitié à revenu semblable, 25 quartiers par classe), on ne compare pas.
Les sources ne datent pas toutes de la même année (2021 à 2025). Les croisements comparent des situations structurelles, qui bougent lentement, pas des événements d’une année.
Quand deux chiffres montent et descendent ensemble d’une commune (ou d’un quartier) à l’autre, on parle de lien. Il peut aller dans un sens (l’un monte, l’autre aussi) ou en sens inverse (l’un monte, l’autre baisse). « Très fort » : l’un permet presque de deviner l’autre. « Faible » ou « presque aucun » : ils varient chacun de leur côté. Un lien ne dit jamais lequel cause l’autre. Seuils utilisés, sur un coefficient de corrélation compris entre −1 et +1 (de Pearson, ou de rang de Spearman quand des valeurs extrêmes pourraient tout tirer ; la note de chaque graphique le précise), en valeur absolue : très fort au-delà de 0,8, fort au-delà de 0,6, net au-delà de 0,4, faible au-delà de 0,2.
Données générées le 2026-09-28 · géographie communale 2025 (261 communes depuis la fusion de Bastogne et Bertogne ; certaines séries 2000-2024 comptent encore les 262 communes d’avant) · Les jeux Statbel sont réutilisables librement, y compris à des fins commerciales, moyennant mention de la source. Les jeux WalStat sont diffusés via le portail open data de la Wallonie.