CroisementsLuxembourg · 43 communes · 2026-09-28

Quand les chiffresse répondent

Le sol, la voiture, le logement, l’argent et la santé ne se rangent pas chacun dans sa case. Quatre croisements dans la province de Luxembourg, là où une catégorie éclaire une autre, parfois à rebours des idées reçues.

2communes cumulent
3 fragilités ou plus, sur 5
13communes n’en
portent aucune
ISol ×
santé

Vit-on plus longtemps
dans les communes vertes ?

On prête volontiers à la campagne verte des vertus pour la santé. Mettons l’idée à l’épreuve dans la province de Luxembourg, en trois temps.

On entend souvent

Plus c’est vert, plus on vit vieux.

1À première vue

Classons les 43 communes de la moins verte à la plus verte, en 5 groupes. Dans le cinquième le moins vert, on vit en moyenne 79,2 ans ; dans le cinquième le plus vert, 80,2 ans. À première vue, l’intuition tient : on vit 12 mois de plus dans les communes les plus vertes. Mais cet écart reste dans la marge d’incertitude du calcul.

Espérance de vie selon la part de vert
communes classées de la moins verte à la plus verte · un point = la moyenne d’un groupe

2Mais quel vert ?

Reste à savoir de quel vert on parle. Pour chaque type de couverture, comparons le groupe de communes qui en a le plus à celui qui en a le moins. Forêts et arbres : −13 mois. Prairies et pelouses : +9 mois. Cultures : +9 mois. Comme nous comparons plusieurs écarts à la fois, un ou deux pourraient sortir de la marge d’incertitude par simple hasard : nous l’élargissons donc. Aucun de ces écarts n’en sort.

Écart d’espérance de vie entre les communes qui en ont le plus et le moins
en mois · à droite : on vit plus longtemps là où il y en a le plus · à gauche : moins longtemps · trait fin : marge d’incertitude élargie (huit écarts comparés)

3Et à revenu égal ?

Dernier temps : les communes vertes ne diffèrent pas que par leur vert. Elles sont aussi plus rurales, et leur revenu varie. Comparons donc des communes au revenu semblable : au sein de chaque moitié de revenu (communes modestes d’un côté, aisées de l’autre), la moitié la plus verte face à la moitié la moins verte. Résultat : les écarts liés au vert vont de −2 mois à +4 mois selon le type, tous dans la marge d’incertitude élargie. Mesurons maintenant le revenu exactement de la même façon, à vert semblable : la moitié la plus aisée vit en moyenne 1,2 an de plus que la moitié la plus modeste. Pour mémoire, sans tenir compte du vert, l’écart entre le quart des communes les plus aisées et le quart le plus modeste atteint 1,4 an.

Ce que pèse le vert, à côté du revenu
écart d’espérance de vie en mois, moitié haute contre moitié basse · vert : à revenu semblable · revenu : à vert semblable · trait fin : marge d’incertitude (élargie pour les types de vert)

À retenir

  • À première vue, on vit un peu plus longtemps dans les communes les plus vertes, mais l’écart reste dans la marge d’incertitude.
  • À revenu semblable, les écarts liés au vert se comptent en mois et restent dans la marge d’incertitude.
  • Mesuré de la même façon, le revenu pèse bien plus : 1,2 an d’écart.
  • Ces chiffres communaux ne mesurent pas l’effet du vert sur la santé : l’âge, le métier, le tabac, l’accès aux soins ou les maisons de repos jouent aussi, et restent hors champ.

Pour creuser : commune par commune

Part boisée du territoire communal et espérance de vie
un point = une commune · couleur = revenu des habitants (tiers wallons)
Sources
WalStat d’après WALOUS (couverture du sol 2023) ; WalStat d’après Statbel (espérance de vie) ; Statbel (revenu disponible).
Période
couverture 2023 ; espérance de vie 2015-2024 ; revenus 2023.
Calcul
Communes classées par part de végétation, en 5 groupes de taille égale. Types de vert (WALOUS) : forêts et arbres (feuillus et résineux, toutes hauteurs) ; prairies et pelouses (herbe toute l’année, jardins compris) ; cultures (herbe et cultures en rotation). Écart brut : groupe qui en a le plus contre groupe qui en a le moins. À revenu semblable : dans chaque moitié de revenu des communes du territoire, moitié la plus verte contre moitié la moins verte ; le revenu est mesuré de la même façon, dans chaque classe de vert. Un écart n’est dit net que s’il le reste avec un découpage plus fin du revenu (jusqu’à six classes, au moins 10 communes par moitié). Marge d’incertitude : 5 000 tirages au sort des communes ; 95 % pour la lecture d’ensemble et pour le revenu, élargie à 99,4 % pour les huit écarts par type de vert (quatre types, avant et après le revenu). « À la limite » : une borne de la marge à moins d’un mois de zéro. Moyennes de communes, sans pondération par la population. Comparer à revenu semblable ne neutralise pas les autres différences entre communes.
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IIMobilité ×
emploi

Sans voiture,
sans emploi ?

On entend souvent

La voiture n’a rien à voir avec l’emploi.

1À première vue

Plus le tissu est dense, plus le chômage est fréquent : de 6,4 % à 10,4 %. Vu comme ça, c’est une affaire de ville, et la voiture n’y serait pour rien.

Chômage selon la densité du quartier
tous quartiers confondus, recensement 2021

2Mais à densité égale

Deux quartiers aussi denses l’un que l’autre, l’un motorisé, l’autre pas. Prenons les quartiers les plus denses de la province de Luxembourg : à l’échelle wallonne, ils se classent dans le tissu dense. Le chômage y atteint 16,5 % dans les quartiers les moins équipés (7 voitures pour 10 ménages), contre 6,8 % dans les plus équipés (13 pour 10) : 2,4 fois plus. On retrouve un écart dans ce sens aux 4 niveaux de densité étudiés. Reste le revenu : dans ce tissu, 16 quartiers sur 45 font partie du tiers wallon aux revenus les plus bas. Trop peu de quartiers pour comparer ici à revenu semblable. La taille des ménages peut jouer aussi : les personnes seules, les étudiants et les aînés possèdent moins souvent une voiture.

Chômage des quartiers peu et très motorisés, à densité égale
une ligne = une classe de densité (cinquièmes wallons) · rond creux = le cinquième des quartiers le moins motorisé · rond plein = le plus motorisé
Sources
Statbel : voitures par ménage par secteur (2022), Census 2021 (emploi par secteur), population par secteur (2022).
Période
parc automobile 2022, recensement 2021.
Calcul
Quartiers (secteurs statistiques) d’au moins 100 ménages et 100 actifs : beaucoup de petits quartiers de village sont écartés. Dans chaque classe de densité, chômage pondéré par les actifs du cinquième des quartiers le moins motorisé et du cinquième le plus motorisé. À revenu semblable : même comparaison dans chaque tiers wallon du revenu médian des quartiers. Classe ignorée sous 25 quartiers. Voitures par ménage : un ménage d’une personne en possède moins souvent qu’une famille.
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À retenir

  • À densité égale, les quartiers peu motorisés comptent plus de chômeurs, à chaque niveau de densité étudié.
  • Le revenu n’a pas pu être comparé ici : trop peu de quartiers.
  • Voiture, emploi et revenu vont ensemble : ce croisement ne dit pas lequel entraîne l’autre.
  • Quartiers d’au moins 100 ménages et 100 actifs : beaucoup de petits quartiers de village sont écartés. Parc automobile 2022, emploi du recensement 2021.

Qui cause quoi ?

Ce croisement ne dit pas si l’on est au chômage faute de voiture, ou sans voiture faute d’emploi. Les deux vont ensemble, et tous deux suivent aussi le revenu du quartier et la taille des ménages. Il montre seulement où ils se superposent : là, mobilité et emploi concernent les mêmes rues.

IIILogement ×
démographie

S’installe-t-on là
où c’est le plus cher ?

On entend souvent

Les gens s’installent là où c’est moins cher.

1À première vue

Si l’on s’installait surtout là où c’est moins cher, les communes bon marché auraient grandi le plus. Classons les 20 communes qui ont assez de ventes publiées, de la maison la moins chère à la plus chère (en années de revenu). Depuis 2000, la population a évolué de +11,1 % dans la moitié la moins chère et de +20,2 % dans la moitié la plus chère. À première vue, l’idée reçue ne tient pas : ce sont les communes chères qui ont le plus grandi. Mais cet écart reste dans la marge d’incertitude du calcul.

Croissance de la population, selon le prix des maisons
communes classées en 2 groupes, des moins chères aux plus chères (en années de revenu), moyenne des communes

2Et à revenu semblable ?

La province de Luxembourg compte trop peu de communes avec des prix publiés (20) pour comparer à revenu semblable : il en faudrait au moins 40. Les groupes ci-dessus mêlent donc des communes aisées et modestes, et ne permettent pas de conclure.

Prix d’une maison en années de revenu et croissance de la population
un point = une commune avec assez de ventes publiées · couleur = revenu des habitants (tiers wallons)
Sources
Statbel : prix de l’immobilier par commune, revenus fiscaux, population par commune.
Période
prix 2021–2025 ; revenus 2023 ; population 2000–2024.
Calcul
Années de revenu = prix médian d’une maison ÷ revenu médian par déclaration. Prix : médianes trimestrielles 2021–2025, chacune ramenée au niveau moyen de la période par un indice trimestriel des prix wallons (voir la page Logement). Croissance = évolution de la population entre le 1ᵉʳ janvier 2000 et le 1ᵉʳ janvier 2024, moyenne des communes. Groupes : quarts des communes classées par prix (moitiés sous 32 communes). À revenu semblable : dans chaque tiers de revenu des communes du territoire (moitiés sous 60 communes), moitié la plus chère contre moitié la moins chère ; le verdict retenu est le plus prudent parmi des découpages du revenu jusqu’à six classes (au moins 10 communes par moitié). Marge d’incertitude à 95 % par 5 000 tirages au sort des communes ; « à la limite » : une borne à moins d’un quart de point de zéro. 23 communes sans assez de ventes publiées sont écartées : plutôt petites (population médiane 3 716 habitants, contre 8 404 pour les communes retenues), elles ont grandi en moyenne de +24,0 %. La croissance (2000–2024) précède les prix (2021–2025) : l’ordre dans le temps ne permet pas de dire que le prix attire ou repousse.
Voir les chiffres

À retenir

  • À première vue, les communes où la maison coûte le plus d’années de revenu ont le plus grandi, mais l’écart reste dans la marge d’incertitude.
  • Trop peu de communes pour comparer à revenu semblable : à cette échelle, on ne peut pas conclure.
  • Les données ne disent pas si l’on vient malgré le prix, ou si le prix monte parce qu’on vient ; la croissance mesurée précède d’ailleurs les prix.
  • 23 communes sans assez de ventes publiées sont écartées.
IVSynthèse

Combien de fragilités
s’additionnent ?

On entend souvent

Chaque commune a son problème ; ils ne se cumulent pas.

1Le test

Si chaque commune avait « son » problème, les signaux tomberaient au hasard. On attendrait alors environ 12 communes sans signal et environ 2 communes avec trois signaux ou plus. Comparez avec ce qu’on observe.

Communes selon le nombre de signaux de fragilité, observé et attendu au hasard
barre pleine : observé · barre en pointillé : attendu si les signaux tombaient au hasard

2La carte

Chaque catégorie a ses communes en difficulté. Se recoupent-elles ? Nous avons retenu cinq signaux : pauvreté, chômage, compteurs à prépaiement, espérance de vie courte et généralistes rares. Une commune porte un signal quand elle fait partie du quart le plus exposé de Wallonie. La province de Luxembourg compte 2 communes sur 43 qui en cumulent trois ou plus. 13 communes n’en portent aucun. En tête, avec 3 signaux : Bouillon et Florenville. Si ces signaux tombaient au hasard, indépendamment les uns des autres, on attendrait environ 2 communes avec trois signaux ou plus, et environ 12 communes sans signal. On en compte 2 et 13. Sur 43 communes, l’écart avec le hasard reste trop faible pour conclure.

La carte des fragilités
teinte = nombre de signaux de fragilité portés par la commune, sur 5
Sources
Toutes les sources des catégories Social et Santé.
Période
voir chaque catégorie.
Calcul
Une commune porte un signal quand elle fait partie du quart le plus exposé des 261 communes wallonnes (seuils identiques pour tous les territoires). Signaux : pauvreté, chômage, compteurs à prépaiement, espérance de vie courte et généralistes rares. Daverdisse et Martelange n’ont aucun généraliste : elles portent le signal « généralistes rares ». Les années de vie perdues avant 70 ans ne sont pas comptées à part : elles sont fortement liées à l’espérance de vie. Le prix du logement n’est pas retenu : élevé surtout dans les communes aisées, il va à l’inverse des autres signaux et manque pour un tiers des communes. Aucune donnée manquante. Hasard : chaque signal garde sa fréquence dans le territoire, mais tombe indépendamment des autres ; le verdict compare la dispersion observée à 2 000 tirages où chaque signal est mélangé entre les communes.
Voir les chiffres

À retenir

  • Sur 43 communes, l’écart avec le hasard reste trop faible pour conclure.
  • Les signaux se recoupent en partie par construction : pauvreté, chômage et compteurs à prépaiement vont souvent de pair.
  • Le croisement ne dit pas pourquoi ; revenu, histoire industrielle et âge sont des pistes.

La méthode

Chaque chiffre de cette page est recalculé pour la province de Luxembourg par un pipeline qui télécharge les fichiers officiels, enregistre leur empreinte et refait les additions. Rien n’est repris d’un communiqué ou d’un article.

Un lien n’est pas une cause

Chaque croisement montre deux réalités qui se superposent. Aucun ne prouve que l’une produit l’autre : un troisième facteur (revenu, âge, ruralité, histoire industrielle, accès aux soins) peut tenir les deux à la fois. Quand c’est possible, nous comparons à revenu semblable ; les autres facteurs restent non mesurés ici. Établir une cause demanderait des données individuelles que la statistique publique communale ne fournit pas.

Des seuils wallons

Les signaux de fragilité, les tiers de revenu qui colorent les points et ceux des quartiers (voiture et emploi) sont calculés sur l’ensemble de la Wallonie, puis appliqués au territoire affiché : une commune porte les mêmes signaux quel que soit le territoire par lequel on la regarde. Les comparaisons à revenu semblable du vert et du prix utilisent, elles, les tiers ou moitiés de revenu des communes du territoire affiché.

Liens et marges d’incertitude

Sur cette page, un lien entre deux chiffres est mesuré sur les rangs des communes (corrélation de Spearman) : on les classe selon chaque chiffre et on regarde si les deux classements se ressemblent. Pour savoir si un écart entre deux groupes tient au hasard, on retire au sort les communes 5 000 fois : la marge d’incertitude couvre 95 % des écarts obtenus. Un écart dont la marge contient zéro ne permet pas de conclure ; si une borne frôle zéro, l’écart est dit « à la limite ». Quand on compare plusieurs écarts à la fois, certains sortiraient de la marge par simple hasard : la marge est alors élargie. Sous 8 communes par groupe (10 par moitié à revenu semblable, 25 quartiers par classe), on ne compare pas.

Des années différentes

Les sources ne datent pas toutes de la même année (2021 à 2025). Les croisements comparent des situations structurelles, qui bougent lentement, pas des événements d’une année.

Comment lire « un lien fort »

Quand deux chiffres montent et descendent ensemble d’une commune (ou d’un quartier) à l’autre, on parle de lien. Il peut aller dans un sens (l’un monte, l’autre aussi) ou en sens inverse (l’un monte, l’autre baisse). « Très fort » : l’un permet presque de deviner l’autre. « Faible » ou « presque aucun » : ils varient chacun de leur côté. Un lien ne dit jamais lequel cause l’autre. Seuils utilisés, sur un coefficient de corrélation compris entre −1 et +1 (de Pearson, ou de rang de Spearman quand des valeurs extrêmes pourraient tout tirer ; la note de chaque graphique le précise), en valeur absolue : très fort au-delà de 0,8, fort au-delà de 0,6, net au-delà de 0,4, faible au-delà de 0,2.

Données générées le 2026-09-28 · géographie communale 2025 (261 communes depuis la fusion de Bastogne et Bertogne ; certaines séries 2000-2024 comptent encore les 262 communes d’avant) · Les jeux Statbel sont réutilisables librement, y compris à des fins commerciales, moyennant mention de la source. Les jeux WalStat sont diffusés via le portail open data de la Wallonie.